"Blink Twice" : Zoë Kravitz frappe fort avec un thriller féministe percutant
Zoë Kravitz dévoile son premier long-métrage, "Blink Twice", un thriller psychologique qui mêle satire sociale et vengeance féministe. Avec une réalisation audacieuse et des performances marquantes, le film s'attaque aux excès des ultra riches et aux luttes féministes sur fond d'une île sinistre.
Attention, cet article contient des spoilers.
Pour son premier long-métrage, Zoë Kravitz s'attaque à un sujet brûlant avec Blink Twice. Ce thriller psychologique, à mi-chemin entre satire sociale et revenge movie, plonge le spectateur dans un univers où le pouvoir, les abus et la vengeance se rencontrent sur une île paradisiaque, mais sinistre. Soutenu par des performances remarquables, notamment celle de Naomi Ackie, et une réalisation soignée, le long-métrage, quelque part entre Glass Onion et Get Out, revisite les thèmes de la lutte des classes, du pouvoir et des abus à travers une lentille féministe tranchante.
Le film raconte l'histoire de Frida (Naomi Ackie), jeune et intelligente serveuse à Los Angeles, obsédée par le philanthrope et magnat de la technologie, Slater King (Channing Tatum). Elle réussit à s'introduire dans le cercle fermé de King et à participer à une réunion intime sur son île privée. Malgré le cadre idyllique, la beauté des gens, le champagne qui coule à flots et les soirées dansantes, Frida sent que cette île a quelque chose de plus terrifiant qu'elle n'y paraît.
Zoë Kravitz réussit avec brio à relever le défi de sa première réalisation. Elle aborde des sujets difficiles et controversés avec une maîtrise étonnante, surtout pour une première fois derrière la caméra. Le film se distingue d'abord par son intrigue percutante, qui mêle les éléments d'un thriller classique avec une critique acerbe des excès de la classe ultra riche. Les femmes invitées sur cette île ne sont pas seulement des victimes passives; elles sont droguées, violées et forcées à oublier, mais leur réveil n'en est que plus explosif. Cette approche rappelle les horreurs réelles de figures comme Jeffrey Epstein, tout en s'attaquant de manière incisive à la culture du silence et de la complicité qui entoure ces crimes.
Le traitement des traumas par l'oubli est l'un des thèmes centraux du film, où les abus sont suivis d'une tentative d'effacement de la mémoire des victimes. Kravitz met en lumière la fausse idée selon laquelle l'oubli pourrait être une forme de protection. Ce choix narratif résonne comme une métaphore du patriarcat qui endort les femmes pour mieux les contrôler, mais qui finit par provoquer un réveil violent et libérateur.
Naomi Ackie livre une prestation époustouflante qui n'est pas sans rappeler celle de Lupita Nyong'o dans Us. Son personnage, Frida, subit un arc transformationnel qui va de la vulnérabilité à la domination totale. Le film se conclut sur un ton de revanche : Frida parvient à non seulement échapper à son bourreau, mais à s'emparer de son empire en le soumettant à son tour. Cette inversion des rôles fait du film un revenge movie réussi, où la justice se matérialise dans la manipulation et la domination de l'oppresseur.
Le film aborde également la notion d'inaction face à l'horreur à travers le personnage de Lucas, un témoin silencieux qui n'intervient jamais pour sauver les femmes. Zoë Kravitz pose la question de savoir s'il est pire d'être l'auteur de ces crimes ou de rester passif face à eux, ajoutant ainsi une couche de complexité morale à l'intrigue.
Enfin, la réalisation de Zoë Kravitz impressionne par sa finesse et son esthétisme. Elle joue habilement avec les cadrages, alternant entre plans larges et serrés qui accentuent le suspense et l'angoisse. La musique, essentielle dans ce genre de films, est également un point fort. La bande-son, rythmée par des morceaux tendus, culmine avec "I'm That Girl" de Beyoncé au moment de la vengeance des femmes, renforçant l'intensité de la scène et laissant une empreinte mémorable.
Blink Twice de Zoë Kravitz, le 21 août au cinéma.