À Ocean Cay, l'île privée des Bahamas
La belle affaire a coûté 300 millions de dollars. Tel est le pactole nécessaire pour transformer un vulgaire site d’extraction de sable en paradis tropical. Ajouter trois années de travaux avant que s’accomplisse le miracle. Au programme, nettoyer, restaurer, valoriser.
Dans un premier temps, il fallait donc rendre à Ocean Cay (48 hectares de sable blanc, un îlot de Bimini à 90 kilomètres de Miami), sa grâce initiale. Soit évacuer des centaines de tonnes de ferraille, de matériel abandonné, de détritus et autres déchets industriels. Mission accomplie.
Huit plages de sable fin
Ensuite, le projet imposait de façonner une identité naturelle tropicale, faire comme si l’île avait échappé au saccage de l’exploitation industrielle. Les botanistes et designers de MSC ont donc raboté le site, créé des mamelons, tracé des chemins, planté 75 000 arbres, essentiellement des palmiers ainsi que des massifs fleuris, pendant que d’autres dessinaient huit plages qu’ils tapissaient de sable aussi fin que blanc. Ajoutons une poignée d’infrastructures pour les visiteurs : un vaste restaurant abrité des averses, des boutiques de souvenirs, des bars grands pourvoyeurs de l’excellent rhum des Caraïbes, des food trucks histoire de coller à l’air du temps, un palais pour les massages qu’on peut également subir sur son transat sans avoir à bouger d’une paupière… Ajouter l’édification d’un phare à l’ancienne cerclé de rouge et de blanc, le repère du site, idéal pour dominer la situation à une cinquantaine de mètres de hauteur. Photo, s’il vous plait. Fait.
Un modèle pour la planète bleue
Pour conclure, restait à doter l’ensemble d’une solide conviction écolo. Un pari essentiel à l’heure où les paquebots sont accusés de tous les maux. Alors, Ocean Cay sera le modèle de ce qu’il conviendrait de réaliser sur la planète bleue si l’on a un tant soit peu l’intention de la sauver. Faire sa Greta par opportunisme ? Non, viser beaucoup plus et bien plus loin qu’une éphémère démonstration. Eriger ici un modèle reproductible partout dans le monde : ouverture d’une nurserie de corail avant d’installer les nouveaux plants sur les bancs fatigués qui cernent l’île, traiter les eaux usées avant de les rejeter, créer des planques pour tous les poissons et crustacés de la création, en interdire la chasse, ne permettre la pêche au gros que si l’on relâche aussitôt, veiller sur les raies, les bébé-requins et même les bancs de mulets argentés pour qu’ils apprécient la sérénité des lieux au point de s’adonner à la reproduction joyeuse. Top, affaire conclue.
Une pleine journée d’escale
Le résultat est désormais à portée d’escale. Elle est évidemment réservée aux quatre paquebots MSC qui naviguent dans les Caraïbes au départ de Miami, Meraviglia,Seaside, Divinaet Armonia. Chacun son tour, chacun son jour. Pour l’agrément des passagers, le navire s’amarre au quai dès 7 heures du matin et ne lève l’ancre qu’à 23 heures. On en descend, on y remonte comme on a envie. Voici donc une pleine journée dédiée à Ocean Cay, alors fréquentée par quelque 4 000 croisiéristes, la capacité du bord. Quand même.
Heureusement, MSC a le sens de l’organisation et le nombre n’altère guère le plaisir grâce à la dispersion des passagers sur les huit plages dont une réservée aux familles, sur les chemins de promenade ainsi que sur les différentes terrasses et restaurants. Par ailleurs, la journée s’égaye de nombreuses activités à la carte : plongée avec masque et tuba à moins d’être adepte de la bouteille, paddle, kayak de mer, pédalo électrique, sortie sous la voile avec un cocktail à la main, animations pour les bambins, chasse au trésor, dîner romantique en duo sur la plage, etc. La soirée se conclut invariablement par un concert de musique live ainsi qu’avec un défilé traditionnel bahaméen, le junkanoo si plébiscité à l’heure du carnaval pour ses tambours, ses cuivres, ses rythmes endiablés et ses danseuses court vêtues. Les Américains adorent cette carte postale du bonheur couleur tropicale.
Vacances à l’américaine
Voici en effet l’autre étonnement de la croisière : partager le mode « vacances à l’américaine » en compagnie des premiers concernés. Un voyage dans le voyage. La clientèle du bateau est en effet essentiellement nord-américaine. En couple, en famille, jeunes mariés, retraités au long-cours, ils viennent de New York, de Californie, d’Ohio ou du Colorado et se fondent dans une joyeuse fiesta made in USA. Certains Français adorent leur parfaite insouciance, ni chichi ni prise de tête, le contact direct, simple, immédiat, le parfum de liberté, la constante prévenance du personnel de bord, l’organisation millimétrée, la bonne humeur générale… D’autres détestent le laisser aller vestimentaire, l’incessante boulimie comme la surabondance des buffets, le parler fort et les rires obligés, le manque global de subtilité…
Une certaine idée du paradis
Chacun fera son choix. Sur Ocean Cay, l’affaire est entendue, America first ! Traduisons par sécurité absolue, caméras omniprésentes comme les surveillants de baignade juchés sur leur guérite d’observation, gilet rouge et sifflet, prêts à récupérer les imprudents, donc parfaite sérénité. Plaisir du palais assurés par une bonne dizaine de points de restauration ou de boisson, bonheur de la plage sans vendeurs de babioles ni piqueurs de smartphones, savouré sur un transat avec matelas à l’ombre d’un parasol (tous payants), selfie en prime puisque l’île est en mode WiFi intégral. Et si on appelait les voisins, les collègues, les cousins, histoire de montrer qu’on est bien, un petit coup de frime pour infliger une grosse jalousie… Allo ?
Le long des allées piétonnes, des centaines de mini-enceintes Bose diffusent en continu la bande son du bonheur. Musique cool, lounge, apaisante et conviviale, celle qu’on aime pour accompagner une journée entre amis. La main se lève, check, la complicité joue des siennes, vite un hug, un pas de danse…, certains promettent qu’Ocean Cay, c’est (presque) le paradis.
Y aller
Plusieurs paquebots de la compagnie MSC font escale à Ocean Cay Marine Reserve au cours de leurs itinéraires aux Caraïbes : Meraviglia, Seaside, Divinaet Armonia. Ces programmes d’une semaine partent tous de Miami et visitent Porto-Rico, les îles Vierges, les îles caïmans, la Jamaïque, le Mexique etc., en fonction des bateaux. Compter à partir de 1 300 euros par personne en cabine double avec balcon, vols depuis Paris compris. Tél. : 01 70 74 00 55 et www.msccroisiers.fr