Irma Blank s'expose à Bologne
Si Irma Blank peint des espaces, elle peint aussi des mots. Ses mots sont différents de ceux que nous connaissons, ce sont de nouveaux mots, des mots primitifs qui ne sont pas écrits mais enfermés dans un geste. Dans la série Radical Writings, actuellement exposée à Bologne, les toiles s'ouvrent comme des livres. La langue est différente, réduite à son essence, débarassée des lettres et des signes conventionnels.
Derrière l'idée de signe qui imprègne l'œuvre d'Irma Blank, se devinent les mouvements qui luttaient pour le bouleversement de la langue après la Seconde Guerre Mondiale. C'est à partir de cette idée que l'artiste, dans les années 1960, commence à réfléchir aux interractions entre la peinture et l'écriture, et donne forme au paradoxe d'une "écriture non-écrite", purement visuelle.
L'étude sur l'écriture commence avec de l'encre, du papier et du parchemin. Dans la série Eigenschriften, Irma parle sans paroles, à travers ce que Gillo Dorfles appele "Écritures asémantiques" - de purs symboles qui imitent les personnages classiques, mais qui sont privés de toute signification. Peu de temps après, toujours dans l'oeuvre de Blank, le blanc emprunte la disposition typographique typique du livre et remplit les pages de symboles vides, ouverts à l'interprétation.
C'est dans les années 1980/90 que l'artiste italo-allemande atteint la forme ultime de son art. Dans Avant-testi, Hyper-Text et Radical Writings, l'intention de faire écho à l'espace classique de l'écriture cède la place à une liberté débridée. La réduction du processus d'écriture se concrétise. Le travail d'Irma Blank est un "exercice spirituel", acte ascétique à travers lequel l'artiste oublie le monde et teste ses limites.
"Irma Blank : Life Line", jusqu'au 18 Mars 2017, P420 Gallery, Bologne.