L'Officiel Art

PAD Paris, une certaine idée du style

À la veille de l’ouverture du PAD Paris (22-26 mars), L’Officiel Art s’entretient avec la présidente du jury de cette 21e édition, Marie-Laure Jousset, conservatrice et responsable du Département Design du Centre Pompidou. Elle évoque, notamment, la présence marquée de jeunes galeries, portées par des femmes de convictions.
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Propos recueillis par Yamina Benaï

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Valentin Loellmann – Echelle “Brass”, noyer et laiton, Galerie Gosserez.
Valentin Loellmann – Echelle “Brass”, noyer et laiton, Galerie Gosserez.
Damien Gernay – Table basse “Mer Noire” Cuir et métal patiné Leather and metal, Galerie Gosserez.
Damien Gernay – Table basse “Mer Noire” Cuir et métal patiné Leather and metal, Galerie Gosserez.

L’OFFICIEL ART : Vous assurez la présidence du jury du PAD Paris 2017, après en avoir été membre. Comment avez-vous abordé cette 21e édition et quel regard portez-vous sur l’évolution du Salon ?

MARIE-LAURE JOUSSET : Je l’envisage sans idée préconçue, même si mon champ d’expertise est le design, c’est-à-dire la création appliquée à la série plutôt que l’art décoratif. Le cheminement du travail entrepris par le PAD est – comme toujours lorsqu'il est réalisé avec constance et régularité – tout à fait convaincant, et Paris est légitime pour dérouler des récits dans le domaine de l’art décoratif. Ainsi, à Paris, puis à Londres où il s’exporte depuis dix ans, le PAD est, à mes yeux, un succès – dû également au commissariat de Patrick Perrin – et une confirmation que la capitale française est une place d’importance pour les arts décoratifs. En ce qui concerne mon rôle, je ne possède pas d’expertise dans un certain nombre de domaines couverts par le Salon, et je n’interviens ni dans la sélection des galeries, ni dans leur mode de présentation, mais j’écoute avec attention les membres du jury qui s’appliquera à remettre trois prix. Le prix du plus joli stand, le prix du design du 20e siècle et le prix du design contemporain.

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BERTOZZI & CASONI 1987, “Rocheuse”, céramique émaillée, verre, 77 x 180 cm, hauteur 76 cm, pièce unique, datée, signée, Galerie Michèle Hayem.
Carolein SMIT 2013 “Lièvre rococo” faïence émaillée, 32 x 44 cm, hauteur 55 cm, pièce unique, signée, Galerie Michèle Hayem.
Nathanaël LE BERRE, 2016 “Tables nuages”, cuivre ciselé et martelé, laiton gravé hauteur 51 cm, plateau 62 x 51 cm et 67 x 50 cm, pièces uniques, signées, Galerie Michèle Hayem.
Mark BRAZIER-JONES 2010, “Table Atol ” bronze patiné, or fin, 145 x 65 cm, hauteur 52 cm, Galerie Michèle Hayem.
Béatrice SERRE 2015, table basse quartz noir, marbre, granite, émaux d'or 24 carats, lapis-lazuli, acier patiné, 132 x 80 cm, 44 cm hauteur, signé, pièce unique, Galerie Michèle Hayem.

Comment est orchestrée l’attribution de ces trois distinctions ?

La règle du jury est simple : durant deux heures, ses membres sillonnent les allées du Salon, scrutent chacun des stands et interrogent les exposants. Les partis pris et les objets proposés sont suffisamment singuliers et forts pour qu’à l’issue de cette flânerie le consensus s’opère autour des trois prix. Le PAD met en scène l’objet : qu’il s’agisse d’objet de design, issu de l’art décoratif, africain ou asiatique. Ces entités restent des objets mis en scène, à la différence des œuvres d’art pour lesquelles une cimaise et un éclairage approprié suffisent. Aussi, remettre un prix au stand qui a particulièrement excellé dans cette approche est une belle initiative, elle invite les collectionneurs à observer comment les objets peuvent être scénographiés. Attribuer un prix du design du 20e siècle répond à l’importance de rendre hommage à Paris – et, plus largement, à la France –, pour la richesse du travail réalisé en matière d’art décoratif, légitimant sa place prépondérante dans toutes les foires internationales. Ainsi, ce sont les galeries du 20e siècle qui donnent le tempo et l’impulsion des sections design à Bâle, Hong-Kong et Miami. Montrer ces galeries dans leur patrie d’origine me paraît être très juste. Quant au prix pour le design contemporain, il démontre que ce 21e siècle naissant renferme déjà des voix et des expressions remarquables.

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Joran Briand, “Vases Acropora”, marbre et laiton, 25 x 25 x 35 cm, édition de 10, Galerie Perpitch&Bringand.
Pauline Guerrier, “Mandala Plumes”, nylon, bois et acier 120 x 130 cm, Galerie Perpitch&Bringand.
Vincent Fournier, “Anechoic Chamber”, Centre européen de recherche et de technologie spatiales (ESTEC), Noordwijk, Pays-Bas, 2008, jet d'encre sur papier Hahnemûhle 153 x 200 cm, Ed. 4/10, Galerie Perpitch&Bringand.

Le milieu des antiquaires et du design est plutôt traditionnellement masculin, comment percevez-vous le rôle des femmes à la tête de certaines galeries, telles Armel Soyer, Michèle Hayem, Perpitch & Bringand, Maria Wettergren qui, depuis peu, ont rejoint le PAD Paris ?

Les femmes ont une double vertu : elles ont cette capacité à accompagner les créateurs dans la réalisation de leur projet et s‘engagent considérablement dans la transmission. Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus actives au sein des galeries. Il me semble qu’elles apprécient l’idée de transmettre, partager, donner à voir la création. Les femmes sont des preneuses de risques mais elles savent, peut-être mieux que les hommes, s’effacer devant le créateur et travailler jusqu’à terme pour donner jour au projet. Ainsi, les galeries que vous évoquez développent une belle énergie et apportent un regard autre au Salon. Cela étant, c’est aussi la belle santé du PAD qu’il faut célébrer car il est capable de séduire des personnalités nouvelles qui, ces cinq dernières années, ont reconduit leur participation. Une relève prometteuse pour le design et le pour Salon.

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. Thomas Duriez “Collection Ring ”, 2014 - 2016 Bronze poli ou griffé. (© Galerie Armel Soyer).
. Thomas Duriez “Collection Ring ”, 2014 - 2016 Bronze poli ou griffé. (© Galerie Armel Soyer).
. Gilles Pernet “White Disorder”, Tapisserie Jacquard, fabriquée à Aubusson Felletin, 100% Laine, Edition Limitée à 5 ex. + 1EA. L.250 x H.170 cm, Galerie Armel Soyer. (© Galerie Armel Soyer 2016).
Christopher Boots “O.R.P”, cristal de roche, dégradé de couleur naturel, laiton patiné leds 54 watts, H. 38 x D. 28 cm, Galerie Armel Soyer. (© Galerie Armel Soyer 2016).
Christopher Boots “O.R.P”, cristal de roche, dégradé de couleur naturel, laiton patiné leds 54 watts, H. 38 x D. 28 cm, Galerie Armel Soyer. (© Galerie Armel Soyer 2016).

PAD Paris, du 22 au 26 mars,
Jardin des Tuileries,
Paris 1er, pad-fairs.com/paris

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Mikko Paakanen – “Hude” dessiné en 2002, pièce unique Verre massif, LED, (H 75- 100 cm / D 8 – 10 cm), (Courtesy of Galerie Maria Wettergren), Galerie Maria Wettergren.
Hannes Stephensen – “A touch of Mack” 2015, chaise sculptée en cendre, par Egevaerk 80 x 50 x 45 cm, édition limitée à 20 exemplaires, (Courtesy of Galerie Maria Wettergren), Galerie Maria Wettergren.
Ilkka Suppanen “Repelling” 2016, pièce unique verre soufflé à la main, 24 x 20,5 x 26,5 cm, (Courtesy of Galerie Maria Wettergren), Galerie Maria Wettergren.
Ilkka Suppanen “Light” play 2016, pièce unique verre Murano, 68 x 15 x 15 cm, (Courtesy of Galerie Maria Wettergren), Galerie Maria Wettergren.
Ilkka Suppanen “Crystallize” 2016, pièce unique verre soufflé à la main , 44 x 26,5 x 6 cm, (Courtesy of Galerie Maria Wettergren), Galerie Maria Wettergren.
1. Ilkka Suppanen “Dawn” 2016, pièce unique verre Murano, argent Murano, 35 x 35 x 26,5 cm. (Courtesy of Galerie Maria Wettergren), Galerie Maria Wettergren.
Gjertrud Hals “Insula” 2016, pièce unique fil de métal, papier maché, 300 x 200 cm,( ©Sjur Fedje / Courtesy of Galerie Maria Wettergren), Galerie Maria Wettergren.
Gjertrud Hals “Insula” 2016, pièce unique fil de métal, papier mâché métal fil, (©Sjur Fedje / Courtesy of Galerie Maria Wettergren), Galerie Maria Wettergren.

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