PAD Paris, une certaine idée du style
Propos recueillis par Yamina Benaï
L’OFFICIEL ART : Vous assurez la présidence du jury du PAD Paris 2017, après en avoir été membre. Comment avez-vous abordé cette 21e édition et quel regard portez-vous sur l’évolution du Salon ?
MARIE-LAURE JOUSSET : Je l’envisage sans idée préconçue, même si mon champ d’expertise est le design, c’est-à-dire la création appliquée à la série plutôt que l’art décoratif. Le cheminement du travail entrepris par le PAD est – comme toujours lorsqu'il est réalisé avec constance et régularité – tout à fait convaincant, et Paris est légitime pour dérouler des récits dans le domaine de l’art décoratif. Ainsi, à Paris, puis à Londres où il s’exporte depuis dix ans, le PAD est, à mes yeux, un succès – dû également au commissariat de Patrick Perrin – et une confirmation que la capitale française est une place d’importance pour les arts décoratifs. En ce qui concerne mon rôle, je ne possède pas d’expertise dans un certain nombre de domaines couverts par le Salon, et je n’interviens ni dans la sélection des galeries, ni dans leur mode de présentation, mais j’écoute avec attention les membres du jury qui s’appliquera à remettre trois prix. Le prix du plus joli stand, le prix du design du 20e siècle et le prix du design contemporain.
Comment est orchestrée l’attribution de ces trois distinctions ?
La règle du jury est simple : durant deux heures, ses membres sillonnent les allées du Salon, scrutent chacun des stands et interrogent les exposants. Les partis pris et les objets proposés sont suffisamment singuliers et forts pour qu’à l’issue de cette flânerie le consensus s’opère autour des trois prix. Le PAD met en scène l’objet : qu’il s’agisse d’objet de design, issu de l’art décoratif, africain ou asiatique. Ces entités restent des objets mis en scène, à la différence des œuvres d’art pour lesquelles une cimaise et un éclairage approprié suffisent. Aussi, remettre un prix au stand qui a particulièrement excellé dans cette approche est une belle initiative, elle invite les collectionneurs à observer comment les objets peuvent être scénographiés. Attribuer un prix du design du 20e siècle répond à l’importance de rendre hommage à Paris – et, plus largement, à la France –, pour la richesse du travail réalisé en matière d’art décoratif, légitimant sa place prépondérante dans toutes les foires internationales. Ainsi, ce sont les galeries du 20e siècle qui donnent le tempo et l’impulsion des sections design à Bâle, Hong-Kong et Miami. Montrer ces galeries dans leur patrie d’origine me paraît être très juste. Quant au prix pour le design contemporain, il démontre que ce 21e siècle naissant renferme déjà des voix et des expressions remarquables.
Le milieu des antiquaires et du design est plutôt traditionnellement masculin, comment percevez-vous le rôle des femmes à la tête de certaines galeries, telles Armel Soyer, Michèle Hayem, Perpitch & Bringand, Maria Wettergren qui, depuis peu, ont rejoint le PAD Paris ?
Les femmes ont une double vertu : elles ont cette capacité à accompagner les créateurs dans la réalisation de leur projet et s‘engagent considérablement dans la transmission. Ce n’est pas un hasard si, aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus actives au sein des galeries. Il me semble qu’elles apprécient l’idée de transmettre, partager, donner à voir la création. Les femmes sont des preneuses de risques mais elles savent, peut-être mieux que les hommes, s’effacer devant le créateur et travailler jusqu’à terme pour donner jour au projet. Ainsi, les galeries que vous évoquez développent une belle énergie et apportent un regard autre au Salon. Cela étant, c’est aussi la belle santé du PAD qu’il faut célébrer car il est capable de séduire des personnalités nouvelles qui, ces cinq dernières années, ont reconduit leur participation. Une relève prometteuse pour le design et le pour Salon.
PAD Paris, du 22 au 26 mars,
Jardin des Tuileries,
Paris 1er, pad-fairs.com/paris