L'Officiel Art

Tapis d’artistes

En collaboration avec R & C Company, Amini, entreprise familiale établie en Italie, a produit une série de tapis en édition limitée, dont le design a été confié à des artistes. L’Officiel Art a sollicité cinq des dix artistes : chacun ayant réalisé entre une et cinq pièces différentes. Wendell Castle, Dana Barnes, The Haas Brothers, Thaddeus Wolfe, Rogan Gregory se sont ainsi prêtés au délicat exercice du tapis, exposés lors de la Biennale de Venise et durant Design Miami/Basel.
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L’OFFICIEL ART : Qu’est-ce qui vous a incitée à participer au projet “Woven Forms” initié par Armini ?

DANA BARNES : Le projet m’a tout de suite enthousiasmée, et j’ai beaucoup apprécié qu’Amini et R&Company veuillent ainsi repousser les limites de la fabrication de tapis, et explorer de nouvelles directions telles que la texture et la profondeur. Evan Snyderman, chez R&Company, et Ferid Amini, chez Amini Carpets, ont remarqué dans mon atelier des essais et prototypes déjà anciens, réalisés à l’époque à partir d’une collection de tapis persans rachetée à l’occupant précédent de mon atelier actuel, Pat Passlof, un peintre expressionniste abstrait. Entourée de ces tapis, j’ai commencé à les examiner de près et je me suis prise de passion pour les tapis persans et leurs 2 500 ans d’histoire : en fonction de l’identité des souverains, des régions, des villes et des tribus nomades, on observe des variations uniques dans les motifs, les couleurs et les techniques de tissage.

 

Quelles sources d’inspiration ont mené à votre réalisation finale ?

Ferid Amini possède une magnifique collection de tapis persans et orientaux anciens ; ma participation au projet a commencé quand il en a choisi certains pour que j’examine soigneusement la complexité des motifs, les palettes de teintures végétales et les diverses origines régionales. Dans ma propre pratique, je m’intéresse beaucoup à l’aspect matériel, au processus, à l’expérimentation, et dans ce projet j’ai voulu explorer les diverses utilisations d’un matériau historique et omniprésent : la fibre de laine. En utilisant le tapis persan ancien comme substrat neutre, j’ai mis au point une technique consistant à appliquer, à disposer en couches et à incorporer au substrat des fibres de laine aux couleurs vives. L’approche spontanée consistant à disposer plusieurs couches de fibres n’est pas sans rappeler le geste induit par le pinceau ou le couteau du peintre sur la toile : on crée un mouvement et des textures faites de caillots et de croûtes qui, au format classique du tapis persan – dont les dimensions se limitent à la largeur et à la longueur –, viennent ajouter une dimension supplémentaire : la profondeur. La série “Retold” (“Reprises”), réinterprétation contemporaine d’un genre classique, s’inscrit dans la longue tradition du tapis persan et coexiste avec elle.

 

Le tapis est-il un élément de votre intérieur ? Qu’évoque-t-il pour vous ?

Dans mon travail, je m’intéresse à toutes sortes de contrastes – qu’il s’agisse de matières ou de concepts. Ce projet est donc en lien avec mon œuvre en général dans la mesure où, de manière expérimentale, il met en jeu des contrastes conceptuels comme le structuré et le non-structuré, ou matériels – à travers les divers usages de la laine, selon qu’elle est tissée ou nouée à la main, ou entremêlée au tapis persan ancien par la technique du feutrage humide. La série “Retold” est également proche de mes autres productions dans la mesure où les pièces produites font varier les textures et les épaisseurs, renvoyant à un geste sculptural abstrait libéré de toute contrainte.

 

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Dana Barnes, Retold
Dana Barnes, Retold

L’OFFICIEL ART : Qu’est-ce qui vous a incité à participer au projet “Woven Forms” initié par Amini ?

WENDELL CASTLE : J’ai toujours aimé essayer de nouvelles choses. Se lancer dans un domaine que l’on ne connaît pas vous incite à penser d’une manière différente, voire inédite. Comme je ne pouvais pas me reposer sur des certitudes acquises, j’ai dû aborder ce projet dans un état d’esprit radicalement nouveau.

 

Quelles sources d’inspiration ont mené à votre réalisation finale ?

Je ne voulais pas que les trois tapis correspondent au style de mon mobilier. Pour arriver à quelque chose de nouveau, de rafraîchissant, j’ai décidé d’aborder le sujet avec un œil de peintre. J’ai donc réalisé une série de petites peintures à l’oil stick. Quant à l’inspiration, c’est pour moi quelque chose de quasiment inexplicable ; elle repose sans doute sur la totalité de ce que j’ai vu, entendu, lu, etc.

 

Le tapis est-il un élément de votre intérieur ? Qu’évoque-t-il pour vous ?

Je voulais qu’il n’y ait aucun point commun entre mes dessins de tapis et le reste de mon travail, car je tenais à produire quelque chose d’unique. Au fond, sans le savoir, j’ai peut-être toujours voulu être peintre !

 

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Wendell Castle, Rain Bird
Wendell Castle, Rain Bird
Wendell Castle, Rain Bird

L’OFFICIEL ART : Qu’est-ce qui vous a incité à participer au projet “Woven Forms” initié par Armini ?

THE HAAS BROTHERS : Concevoir des tapis pour Amini est une expérience fabuleuse, et nous avons accepté avec joie de la renouveler. Cette deuxième commande était l’occasion de faire encore mieux, d’aller encore plus loin. Avec cette nouvelle série de tapis, nous sommes très heureux du résultat !

 

Quelles sources d’inspiration ont mené à votre réalisation finale ?

C’est Simon qui a eu l’idée de créer des “peaux de bêtes”. Puis un vieil ami à nous, très porté sur la protection de l’environnement, nous a suggéré de nous en tenir à des espèces disparues. J’ai réalisé les dessins préparatoires, et Simon a ajouté les motifs et les couleurs délirantes. Quant à l’inspiration, elle nous a été donnée par des discussions avec des artistes et des designers, et par l’idée même de produire une “forme tissée”.

 

Le tapis est-il un élément de votre intérieur ? Qu’évoque-t-il pour vous ?

A mes yeux, le tapis est une source inépuisable de couleurs, d’humour et même de sensualité. Autant d’éléments récurrents dans notre travail. Mais ces tapis ont aussi leur identité propre, et constituent à eux seuls une collection assez unique. Nous en tirons une grande fierté – et un grand plaisir, car ils sont aussi le reflet de nombreuses discussions amicales. Ils inspireront sans aucun doute la prochaine étape de nos aventures esthétiques.

 

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The Haas Brothers, Cheetah Hayworth
The Haas Brothers, Cheetah Hayworth
The Haas Brothers, Cheetah Hayworth
The Haas Brothers, Fruit Stripe
The Haas Brothers, Fruit Stripe
The Haas Brothers, La Brea Brad Pitt
The Haas Brothers, La Brea Brad Pitt
The Haas Brothers, La Brea Brad Pitt
The Haas Brothers, Quasimodo
The Haas Brothers, Quasimodo
The Haas Brothers, Quasimodo
The Haas Brothers, Taz-Bee
The Haas Brothers, Taz-Bee

L’OFFICIEL ART : Qu’est-ce qui vous a incité à participer au projet “Woven Forms” initié par Armini ?

THADDEUS WOLFE : Il n’était pas question de laisser passer une telle occasion de pratiquer le design textile ! C’est un champ qui m’intéresse depuis longtemps, et certains textiles ont inspiré les structures et les motifs de mes travaux précédents.

 

Quelles sources d’inspiration ont mené à votre réalisation finale ?

J’ai commencé par examiner les motifs de certaines pièces qui se trouvaient encore dans mon atelier à l’époque, et à partir de là j’ai réalisé des dessins. Ce processus a naturellement fait évoluer la forme initiale vers autre chose, sans toutefois rompre le lien avec mes œuvres en verre.

 

Le tapis est-il un élément de votre intérieur ? Qu’évoque-t-il pour vous ?

Les tapis, quoique très liés à mes œuvres en verre, sont graphiquement plus proches des esquisses et des dessins que je réalise au cours du processus préparatoire, et qui restent personnels. Ils ne ressemblent pas exactement à l’œuvre achevée. Ces tapis sont censés évoquer une topographie imaginaire. On peut les apprécier tout simplement en tant que motifs abstraits.

 

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Thaddeus Wolfe
Thaddeus Wolfe

L’OFFICIEL ART : Qu’est-ce qui vous a incité à participer au projet “Woven Forms” initié par Armini ?

ROGAN GREGORY : J’adore travailler avec de nouveaux matériaux, et avec des collaborateurs de haut niveau. Sculpter avec de la fibre, avec de la laine, c’est pour moi ouvrir des horizons nouveaux et fascinants.

 

Quelles sources d’inspiration ont mené à votre réalisation finale ?

Ce qui m’inspire, c’est le ronronnement et le rythme de l’univers – c’est le passage du temps. Mon inspiration initiale pour ces tapis est d’ordre temporel : je voulais donner à voir un petit morceau de terre préhistorique, de la boue marquée par une empreinte de pas laissée là comme un souvenir impérissable, et que j’ai réinterprété avec de la laine.

 

Le tapis est-il un élément de votre intérieur ? Qu’évoque-t-il pour vous ?

Oui, le tapis correspond parfaitement à l’aspect sculptural et textural de mon travail. Il éveille un sentiment d’absence totale de limites, il ouvre une infinité de possibles.

 

À VOIR :

• “Woven Forms”, du 10 mai au 31 juillet, Palazzo Benzon, Calle Benzon, 3927, 30124 Venezia, Italie.

• L’exposition est présentée dans le cadre de Design Miami / Basel, du 13 au 18 juin, puis à New York durant l’automne.

 

 

 

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David Wiseman
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Hun-Chung Lee
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Katie Stout
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Renate Muller, Birds
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