Agnès b. : "Toute révolution est importante à mener"
Où étiez-vous durant la “nuit des barricades”, du 10 au 11 mai 1968 ?
J’étais à Paris avec mes jumeaux âgés de 8 ans, j’habitais dans les grandes tours de la rue du Commandant-Mouchotte, dans le 14e arrondissement. Le lendemain matin, je me suis rendue rue Gay-Lussac pour voir ce qu’il se passait. C’était très impressionnant, je me souviens des platanes sciés du boulevard Saint-Michel… À l’époque, nous suivions Europe 1, qui nous informait des différents lieux où l’action se déroulait, et nous nous y déplacions.
Avez-vous vécu une révolution ?
Oui. J’ai passé tout le mois de mai dans la rue : allant de l’école des Beaux-Arts à l’Odéon… Cela me passionnait, j’étais en prise avec un domaine qui m’intéressait profondément, la politique. Car c’est l’histoire en train de se faire.
Quel slogan révolutionnaire vous parle ?
Une foule de slogans de cette période, mais, si je dois n’en citer qu’un, il serait dans la veine de l’intérêt que je portais alors aux situationnistes et à l’influence de Guy Debord : “La publicité est con, la publicité nous rend cons.” J’ai d’ailleurs mis en application ce postulat dans ma propre entreprise : Agnès b. n’a jamais fait la moindre publicité.
Faut-il encore croire au terme de “révolution” ?
À mes yeux, le printemps arabe est une révolution en douceur, même si le déclencheur est violent. Ce printemps arabe, j’y crois encore. Quelle qu’en soit l’origine géographique, toute révolution est importante à mener.
Êtes-vous plutôt réformiste ou révolutionnaire ?
Les deux mots sont positifs. Actuellement, je dirais plutôt réformiste, eu égard à ce qui se passe en France, et c’est tant mieux, car les réformes sont nécessaires.
Que pensez-vous des combats qui animent les femmes en ce moment ?
J’approuve totalement ces combats, il est indispensable de relier les violences faites aux femmes avec les drames de l’enfance, les attouchements par exemple.
Quelles figures révolutionnaires vous inspirent ?
Il y a en beaucoup, Che Guevara, Salvador Allende, Daniel Cohn-Bendit… Adolescente, j’ai lu un ouvrage qui m’a beaucoup impressionnée, Bas les cœurs !, sur la Commune de Paris, écrit par un adolescent, Georges Darien.
Photographie par Tom de Peyret