Camélia Jordana : "Aujourd'hui, la révolution est virtuelle"
Où auriez-vous aimé être durant la “nuit des barricades”, du 10 au 11 mai 1968 ?
J’aurais aimé être sur un toit de Paris, déambuler toute la nuit, marcher dans la rue, voir les gens crier…
Quel slogan révolutionnaire vous parle ?
Celui des femmes kurdes qui se battent contre Daech : “Femme ! Vie ! Liberté !” Pour la majorité, soit elles ont été victimes de cette organisation, soit elles se sont enrôlées car c’est la seule option. Je trouve fou qu’elles réussissent à repousser leurs adversaires…
Pour vous, que désigne le terme “révolution” aujourd’hui ?
Avant, la révolution coupait la tête du roi face à la foule. Aujourd’hui, c’est sur les réseaux sociaux. Elle est virtuelle, ne fait pas preuve de violence physique, tout en restant très virulente.
Êtes-vous plutôt réformiste ou révolutionnaire ?
Un peu des deux, car, même si elle m’est chère, j’ai peu d’espoir en la démocratie, qui a récemment conduit Marine Le Pen aux portes du pouvoir… Si je suis révolutionnaire, c’est parce que je suis très concernée par les combats de ma génération. Ce qui doit se refléter dans mes choix artistiques, en cinéma, en théâtre ou en musique, avec mon projet Lost : nous sommes peut-être perdus, mais c’est nous qui avons la force, la parole, le nombre !
Que pensez-vous des combats qui animent les femmes en ce moment ?
C’est très important que la parole se libère autant, qu’elle prenne cette ampleur. Pour la première fois, c’est l’homme qui a peur. J’ai des amies qui se faisaient harceler au travail et qui, du jour au lendemain, n’ont plus eu affaire à des comportements déplacés. Ils commencent peut-être à comprendre qu’on n’obéit pas à ses pulsions et que ce n’est pas ainsi que l’on construit une société en bonne santé… En tout cas, ce combat est encore un grand sujet, peu importe le milieu, la classe sociale ou le genre.
Quelle figure révolutionnaire vous inspire ?
Golshifteh Farahani. Par amour de l’art, de la liberté et de ce qu’elle est, elle a fui un pays, l’Iran, une culture, une famille qu’elle aimait. Elle me bouleverse.
Photographie par Vincent Dessailly
Camélia Jordana en Miu Miu, aux Bains, Paris 3e
Coiffure et maquillage Céline Cheval, Blandine Desgraz, Louise Garnier, Christelle Minbourg