Femmes

Qui es-tu, Ivy Getty ?

À 27 ans, Ivy Getty, plus qu’une belle héritière passionnée de mode, incarne le futur : celui de la dynastie Getty bien sûr, où la flamboyance le dispute souvent à la tragédie, mais aussi celui de sa génération, engagée pour de belles causes.

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Photographie Kenzia Bengel De Vaulx
Stylisme Jennifer Eymère & Kenzia Bengel De Vaulx
Casting Jennifer Eymère

Merci au Mark Hotel à New York

Par écrans interposés, elle arrive dans le cadre sombre telle une apparition. Dans ce jardin vénitien, ce soir-là d’avril, le visage d’Ivy Getty se découpe dans l’obscurité à la manière d’un portrait peint par James Whistler : en veste noire intemporelle Chanel, seuls surgissent de la nuit son sautoir à double C et ses boucles d’oreilles en gouttes de perles. Comme ces mannequins de ces Swinging Sixties qu’elle adore – Veruschka, Jean Shrimpton ou Twiggy –, elle porte l’eye-liner autour de ses grands yeux pâles d’une singulière teinte jade et un chignon aussi flou que glamour.

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Elle brille sous les feux de la rampe pour la première fois en novembre 2021, lors de son spectaculaire mariage avec le photographe Tobias Engel à San Francisco, dont les images ont abreuvé tous les magazines de papier glacé. Même les tabloïds les plus cruels sont tombés sous le charme, celui du sourire rayonnant de la mariée et celui de l’émotion sincère de son époux lisant les vœux qu’il avait écrits pour elle. Le monde entier a célébré cette histoire d’amour qui finit en conte de fées, un éclat de bonheur dans un monde postpandémie où chacun a dû faire l’expérience de la solitude et parfois du deuil. Ivy, elle-même, a perdu en 2020 son père, John Gilbert Getty, musicien excentrique, et sa grand-mère adorée qui l’a élevée, Ann Getty, éditrice, philanthrope et mécène, anthropologue et architecte d’intérieur. Ivy évoque cette célébration qui a été retardée par l’épidémie avec émotion : “C’était vraiment excitant de voir rassemblée ma famille et tous ceux que j’aime, venus du monde entier. Sans se connaître, ils se sont tous entendus à la perfection; cette célébration a créé de belles amitiés vouées à durer et j’adore cette idée. À la manière d’un cercle infini, toutes les personnes importantes de ma vie se sont connectées.” Une vision mystique de l’amour pas si surprenante pour cette native de San Francisco, berceau de la contre-culture et du mouvement hippie : “Ma mère qui fabrique son kombucha et fait pousser ses légumes a toujours embrassé ce mode de vie hippie très libre et insouciant; vous savez, mon deuxième prénom est Love, ça ne peut pas être plus évident!” ajoute-t-elle en riant. Ivy a grandi pour sa part dans la magnifique Getty Mansion, dans le quartier de Pacific Heights à San Francisco, avec son grand-père, Gordon Getty, fils du milliardaire J. Paul Getty, homme d’affaires et compositeur renommé, et sa grand-mère Ann, qu’elle surnommait tendrement “Monga”. C’est une amie proche de ce couple, qui la connaît depuis sa plus tendre enfance, qui va marier officiellement Ivy et Tobias au City Hall de San Francisco : la formidable présidente de la Chambre des représentants des États- Unis, Nancy Pelosi. Pour apporter une touche d’humour, Blue, le chihuahua d’Ivy, adopté dans un des refuges où Ivy a passé de longues années comme bénévole, porte les bagues aux mariés.

“Ma mère qui fabrique son kombucha et fait pousser ses légumes a toujours embrassé ce mode de vie hippie très libre et insouciant ; vous savez, mon deuxième prénom est love, ça ne peut pas être plus évident !”

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Plus qu’une robe, un symbole

Un des éléments les plus incroyables de ce mariage fut bien entendu la robe de la mariée, une robe à nulle autre pareille conçue par John Galliano pour Maison Margiela. “Je ne me voyais pas dans une robe de mariée conventionnelle, explique Ivy, passionnée pour la haute couture depuis toujours, John Galliano était le designer de mes rêves, je voulais vraiment qu’il soit libre de créer.” Les rencontres entre le créateur et la future mariée se passent d’abord par vidéo – pandémie oblige – mais le courant passe vite entre eux : “mon amitié avec lui a commencé sur une note très décontractée au cours d’une conversation sur Facetime; j’étais impressionnée et j’ai laissé tomber l’iPad – je suis très maladroite en général. Cela a tout de suite mis de l’humanité dans notre relation. Et puis la première fois que nous nous sommes vraiment rencontrés, je portais des chaussures à plateformes et j’ai raté une marche devant la porte que je n’ai pas vue et je suis tombée... [rires] Nous avons en quelque sorte cliqué instantanément et c’était le début d’une amitié pour la vie.” Le concept étonnant de la robe a été imaginé par John Galliano en plusieurs strates : une robe structurée de plusieurs sous-robes taillées en biais, glissant le long du corps dans des soie et tulle couleur chair et perle avec une sur-robe composée de fragments de miroirs brisés formants presque des fleurs ou des papillons, un motif cher à Ivy. Ces miroirs brisés l’ont transformée en une Déesse Art nouveau, évoquant les morceaux de verre savamment assemblés en libellules sur les lampes Tiffany ou les sculptures scintillantes de Niki de Saint Phalle comme L’Impératrice. Comme le chantait Leonard Cohen dans Anthem en 1992 : “Il y a une fissure dans toute chose; c’est ainsi qu’entre la lumière.” (There is a crack in everything - That’s how the light gets in.) Sa longue traîne de tulle brodée de symboles reliait Ivy à ses anges gardiens : des guitares pour son père et des noix pour sa grand-mère. Conçue en 3D par l’atelier de joaillerie de Maison Margiela, sa couronne reproduisait des morceaux de bouteilles qui semblaient dépolis par le sable et la mer. Une création avec une vraie résonance écologique comme le précise Ivy : “Ma robe et la couronne – à quelques détails près – ont été fabriquées à partir de matériaux recyclés. C’était un tel honneur de pouvoir porter un tel vêtement que j’ai mis mon cœur et mon âme à porter cette robe correctement, et quand je marchais dans l’allée, pour moi, c’était comme achever un tableau magnifique que Galliano avait créé, la pression était énorme.”

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La mode, un lien des âmes

Cet amour fou de la mode touche beaucoup de membres de la famille Getty, avec bien entendu le créateur August Getty dont l’extravagance débridée séduit Katy Perry ou Miley Cyrus, ou encore la créatrice Rosetta Getty au style minimaliste et sophistiqué, épouse de l’acteur et musicien Balthazar Getty. Ann Getty, la grand-mère d’Ivy, elle aussi collectionnait et portait des robes haute couture en mécène éclairée : “Ma grand-mère avait un amour immense pour les arts, comme beaucoup de gens de ma famille. Nous avons été en contact avec des œuvres d’art et des inspirations incroyables qui ont en quelque sorte nourri notre sens de la mode et notre style. Ma grand-mère se passionnait pour la décoration d’intérieur et les textiles, comme ceux du xviiie siècle, par exemple.” Pour sa première apparition au Met Gala début mai, Ivy a porté une création d’Oscar de la Renta rendant hommage à cet amour de sa grand-mère pour les tissus anciens puisque sa robe longue drapée a été conçue à partir d’une nappe blanche de dentelle de Lyon du xixe siècle de sa collection personnelle. Sur le devant de la robe, deux ornements en fleurs du joailler JAR initiaient d’extraordinaires broderies en forme de lierre (ivy en anglais) qui se poursuivent dans le dos jusque dans sa coiffure. Avec ses grands yeux bordés de noir, les sourcils masqués de poudre, et des ongles rosés pointus interminables, Ivy naviguait une fois de plus impeccablement entre la grandeur et l’étrangeté, avec un style qui lui est propre, romantique en diable avec une touche de gothique américain, un style qu’elle cultive depuis des années des fashion weeks aux tapis rouges des galas de prestige. Consécration méritée, en avril, elle figure pour la première fois dans l’International Best- Dressed List 2022, “la liste de ceux qui élèvent le style au rang des Beaux-Arts”, d’Air Mail, le nouveau média de l’ex-rédacteur en chef de Vanity Fair, Graydon Carter. Sur cette liste apparaissent Hedi Slimane, Charles de Vilmorin, Zendaya, Lady Gaga, Norma Kamali, Dapper Dan et aussi l’actrice Anya Taylor Joy, sa meilleure amie, témoin à son mariage : “Nous étions super jeunes quand nous nous sommes rencontrées. Elle n’était pas célèbre, elle n’avait pas encore sorti de film, et elle n’avait aucune idée de ce qu’ était ma famille. En fait, c’ était assez irréel, nous nous sommes retrouvées par hasard enfermées ensemble sur un balcon et on s’est si bien entendues qu’elle est restée avec moi pendant le reste du week-end et nous sommes allées à Disneyland. C’est une de ces amitiés instantanées où vous avez juste l ’ impression d ’avoir trouvé la personne qui vous comprend. C’est vraiment tellement cool de la voir grandir; elle mérite chacun de ses succès et je suis excitée d’avance à l’idée de la voir dans ses nouveaux projets!” En observant Ivy dans ses apparitions publiques, le cinéma ne semble jamais très loin, tant elle ressemble à la Jane Fonda de Barbarella ou à Julie Christie époque Docteur Jivago. Fan de la comédie musicale inspirée du film de John Waters Hairspray, elle-même avoue un amour démesuré pour les coiffures fabuleuses des sixties, dont certaines sculptées pour Penelope Tree ou Marisa Berenson par le légendaire coiffeur Ara Gallant ont marqué leur époque.

“La philanthropie est la chose la plus importante pour moi, bien avant la mode ou quoi que ce soit d’autre. Je suis donc très reconnaissante d’être ici et de pouvoir collecter des fonds pour l’Ukraine.”

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Faire battre son cœur

En musique – une autre passion familiale puisque son père était guitariste et son grand-père un compositeur reconnu –, Ivy ne se limite pourtant pas aux groupes des années 60 : “J’écoute un peu de tout, de la musique classique française, de la pop des années 80 ou 60. J’adore le groove et je suis obsédée par Earth Wind and Fire depuis que je suis petite. Il y avait toujours de la musique autour de moi. Mon père me faisait écouter tellement de classiques pop et rock; il me racontait l ’ histoire de chaque chanson, qu’elle soit joyeuse ou triste. Quand j’atterrissais tout à l’heure, j’écoutais Just Like Heaven de The Cure, une de mes chansons préférées, j’écoute toujours la même chose encore et encore, je ne suis pas tellement en phase avec les nouveautés.” Autre passion vitale pour elle, le dessin et la peinture, qu’elle pratique avec discrétion : “Je peins pour moi-même, je crains un peu de partager – quand j’ai dû considérer ça comme un travail, cela m’a en quelque sorte ôté toute créativité. Je ne partage plus mes dessins sur les réseaux sociaux ; je résiste bien en général à tous les commentaires, mais en ce qui concerne la peinture, je n’ai pas de carapace, ça me blesse vraiment alors je préfère garder cela pour la sphère privée.” Au-delà de la mode, c’est à la philanthropie qu’Ivy consacre toute son énergie, suivant les pas de sa grand-mère, qui a contribué à de nombreuses œuvres qu’elles soient dans le domaine scientifique ou des services de santé, dans le domaine politique (pour Barack Obama et le parti démocrate), et surtout pour les arts – elle était membre du board du Metropolitan Museum of Art, de la Bibliothèque publique de New York et mécène de l’Opéra et du Conservatoire de San Francisco. Ce soir- là, Ivy Getty organisait à Venise avec son ami Peter Brant II un dîner de charité pour venir en aide à Ukraine : “La philanthropie est la chose la plus importante pour moi, bien avant la mode ou quoi que ce soit d’autre. Je suis donc très reconnaissante d’être ici et de pouvoir collecter des fonds pour l’Ukraine, et même si je me concentre davantage, en temps normal, sur la cause animale, entre autres, je pense qu’il est important de rester conscient des différents problèmes qui se produisent actuellement, de ne pas les ignorer.” Bien que tournée vers l’histoire des arts et se sentant parfois plus du côté millénial, Ivy appartient pleinement à la Gen Z, cette nouvelle génération engagée pour préserver les droits fondamentaux, une génération de tous les combats, qu’ils soient écologiques, politiques ou sociaux. Elle admire cette ferveur et cet engagement qu’elle observe sur les réseaux sociaux : “Je pense que la génération Z a un pouvoir immense. Elle a une telle opportunité de changer le monde. Beaucoup de gens ne voient pas toujours à quel point le changement climatique est grave et réel, habitués qu’ils sont à attendre que quelque chose les affecte directement pour réagir. La génération Z émet une voix pour dire son désaccord. Étant sur TikTok, je suis témoin d’une propagation de la prise de conscience et je vois à quel point tout cela pourrait vraiment avoir une portée monumentale si les gens commençaient à écouter.” Si le monde est aujourd’hui cassé comme les miroirs de sa robe Galliano, Ivy Getty semble prête à s’engager et à l’illuminer avec un peu plus d’amour.

 

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