Riccardo Tisci : « j’aime voir une femme habillée comme un garçon »
« Mariacarla pour sa folie, Marina Abramovic pour son bonheur et parce que je suis comme son fils adoptif, Carine Roitfeld pour sa vision, Irina Shayk pour sa beauté rayonnante..… ». Cette énumération continuerait sans doute bien plus loin. Toutes ces femmes font partie du même gang. Toutes sont amies de Riccardo Tisci, réputé aussi pour savoir s'entourer. Après 11 ans à la tête de la maison, on a parlé avec lui de mode, de tops et de son amour pour les extrêmes.
Mariacarla Boscono a été la première. Elle est votre amie, votre famille, votre muse. Riccardo Tisci serait-il le même sans elle ?
J’ai beaucoup de muses mais je pense que mon Audrey [Hepburn, amie intime et inspiration de Hubert de Givenchy ndlr], celle qui définit mon style et mon univers de toutes les façons possibles, c’est Mariacarla. Notre relation est différente parce que elle est ma muse. Nous nous sommes rencontrés quand elle n’était pas célèbre, et moi non plus. Elle a été la première à croire en moi. Nous étions amis, jeunes, naïfs et étudiants. J’ai vu son potentiel et elle a vu le mien. C’était une époque où toutes les tops étaient très grandes et athlétiques. Mariacarla était différente. J’étais avec elle quand Rei Kawakubo de Comme des Garçons et Steven Meisel l’ont découverte. On a travaillé ensemble pendant nos études. Alors oui, je ne serais pas qui je suis sans elle.
« je suis constamment à la recherche de nouvelles filles »
Mais elle n’est pas la seule. Vous avez aussi découvert Joan Smalls, Lara Stone, Natasha Poly… Qu’est-ce que vous cherchez chez les femmes ?
Pour moi, être mannequin signifie beaucoup. Elles ne se contentent par de porter les vêtements, elles leur donnent vie, et je suis profondément lié à cette idée. J’ai toujours fait les castings et je suis à la recherche constante des nouvelles filles. Je ne veux pas en trouver une, la transformer en muse du moment et l’abandonner après. Je construis mes relations pendant des années. J’ai une famille et un gang, avec qui je suis à chaque saison. Une bonne mannequin a sa propre personnalité. On doit parler de beauté, bien sûr, mais c’est loin d’être le seul facteur. Une fille peut avoir un caractère inhabituel ou un charme bizarre et je le sens dans l’instant où tu la rencontres. Toutes les filles que je viens de nommer sont toutes extrêmement belles, mais surtout, ce sont des femmes fortes et intelligentes
Vous êtes arrivé chez Givenchy en 2005. Pourquoi cette maison ? Comment est-ce que ça a marché entre vous, qui avez fait votre premier défilé avec des copines d’une façon un peu alternative, et un grand nom de la couture ?
Il y a beaucoup des similitudes entre la femme de Hubert de Givenchy et ma propre vision. Quand je dessine je considère les codes de la maison, la rigueur, le jeu entre masculin et féminin, l’austérité, le romantisme. Peut-être que la femme Givenchy d’aujourd’hui est un peu plus urbaine, c'est une femme qui travaille. Mais le plus important quand on officie chez une marque aussi grande, est de ne jamais oublier son passé. Il faut trouver l’équilibre adéquat pour créer des pièces atemporelles qui peuvent durer des années. Quand je regarde des images des décennies de travail de Hubert de Givenchy, j’ai l’impression que les vêtements sont encore pertinents aujourd’hui. C’est ça que je voudrais réaliser, imaginer un style qui devienne un classique.
« La maison m’a donné la permission de faire ce que je voulais, même quand d’autres remettaient mon travail en question. »
Un de vos mots préférés est liberté. Vous pensez en avoir assez pour dessiner aujourd’hui ?
Cette maison a une bonne énergie et un bon karma. Je suis heureux ici, je me sens comme chez moi. Je sais que ce n’est pas vrai littéralement parce qu’elle n’est pas à moi, mais elle a une nouvelle vie. Je veux vendre des vêtements, des sacs, des rêves ; je ne veux pas devenir un supermarché. C’est ce que Givenchy a toujours respecté. La maison m’a donné la permission de faire ce que je voulais, même quand d’autres remettaient mon travail en question. À chaque fois que j’ai pris un risque, on m’a soutenu.
Du noir au blanc, de Bambi aux rottweilers. Vous aimez des extrêmes..
Je les adore, je n’ai pas peur des opposés, au contraire, je trouve l’inspiration dans le contraste. J’aime voir une femme habillée comme un garçon, j’aime un défilé dans la rue ou une fête dans un garage.
Et après ?
Bonne question, mais en résumé, je dirais que je que l’on va continuer a faire ce qu’on fait pour rester au sommet.
Traduit de l'espagnol par Gabriela Cambero