Pourquoi il faut absolument (re)découvrir le restaurant Sauvage
Sauvage ? Si l’on veut : sans attache, libre, sensuelle, subtile, il s'agit d'une des tables plus singulières de Paris, offrant des plaisirs aussi délicats que bruts.
Pourquoi on l’attendait ?
Parce qu’il est de ces lieux qui font aimer les restaurants, ceux et celles qui les font, les rêvent, les incarnent : la passion du chef Sébastien et l’énergie consacrée à construire des assiettes jamais vues ailleurs, inventer des goûts jusque là inconnus, rêver des associations enivrantes, rendent ce lieu profondément attachant. Il rend sentimental - alors que toute la vie allait être de nouveau mise sous cloche (pas en argent, hélas), c’est là que nous avions pris notre dernier repas - on en rêva souvent, ensuite, de cette soirée enchantée par une valse à mille temps, d’assiette en assiette. Sébastien Leroy fait partie de ces chefs parisiens qui donnent une humanité à leur travail, sensible à chaque bouchée - entre poésie brutaliste et décalages jouissifs, son expression imprime son empreinte sur nos mémoires. L’affect - ce concept flou quand il s’agit de l’appliquer à une expérience gastronomique, est ici un vrombissant moteur. Dans peu de restaurants, l’on perçoit autant que l’auteur aime faire ce qu’il fait, et que partager son amour est un don. A l’image de deux épidermes qui se comprennent, sa partition procure d’électrisants et doux frémissements. Comment expliquer autrement que des mois plus tard, le goût de ces œufs mayonnaise et ciboulette n’ait pas quitté notre palais ?
Ce qu'il faut y commander absolument.
Le menu voguant au gré des inspirations, du marché du jour, il faut suivre la formule de la chanson d’Alain Bashung : « À l'avenir/Laisse venir/Laisse le vent du soir décider. » Si le vent du soir a décidé de déposer à vos pieds ces exceptionnelles palourdes/citron/cidre, ce miracle de merlu avec petits pois, chou rave et fenouil, ou encore un renversant thon/cerise/ponzu, ne les laissez pas s’envoler.
Le supplément d’âme.
Une playlist parfaite, des ami-e-s retrouvé-e-s par hasard, le sens de l’hospitalité aubergiste - celui qui fait porter un plat inattendu, par exemple, et une carte de vins naturels magnifiquement construite - la Cave Sauvage de l’autre côté de la rue permettra de prolonger le plaisir à domicile. Si « le vent du soir » vous est décidément favorable et porte jusqu’à vous une bouteille de Hasta la Vista, un pétillant naturel génial mais rare, accueillez-la, et chérissez-la : parce qu’en effet, il est incertain de la retrouver un autre soir.
Du lundi au samedi. 55 rue du Cherche-Midi, Paris 6e.
Tel : 01 45 48 86 79